POÈMES POUR L'ÂME ANIMALE

Jadis, la lyre était fabriquée avec une carapace de tortue, recouverte d’une peau de bœuf, sur laquelle reposaient parfois des cornes d’antilopes qui, elles-mêmes, tendaient des cordes issues des boyaux d’une brebis. Émettre la moindre note de cet instrument consistait à faire résonner une meute disparue ; peut-être à porter ses plaintes, qui accompagnaient déjà celles des humains.

Aujourd’hui, nos lyres sont numériques, multimédias, nos peurs sont climatiques, et nos corps eux-mêmes portent l’haleine des animaux : si telle performance livre un meuglement entremêlé de miaulements, des brames s’élèvent parfois de quelques vers érotiques.

Le Printemps de la poésie donne, cette année, à feuilleter un vaste bestiaire humain, avec des poètes aux mœurs tendres ou sauvages. Nous célébrons les êtres qui nous entourent, dont nous dépendons, et plus largement l’âme animale, la nôtre ou une autre. Car, en poésie, les animaux ont toujours eu la voix magnifiée : comment l’harmoniser à la nôtre ? Comment dire cette joie de partager le monde avec eux et de se retrouver ensemble dans la meute du vivant ?